Chapitre 1
Une jeune fille solitaire
Anna est une jeune fille à la beauté saisissante. Ses longs cheveux noirs encadrent un visage aux traits fins et délicats, et ses yeux noirs brillent d’une intelligence vive. Elle a une allure gracieuse et élégante, qui attirent les regards où qu’elle aille. Mais, derrière cette apparence séduisante se cache une personnalité complexe. Anna est une fille solitaire, qui préfère la compagnie de ses livres à celle des autres. Elle a un esprit vif et curieux, toujours en quête de nouvelles connaissances et de nouvelles aventures. Malgré son apparente assurance, Anna est depuis toujours rongée par des doutes et des questionnements. Elle se sent souvent incomprise et peine à trouver sa place dans le monde. Mais, elle ne se laisse pas abattre pour autant, et continu à avancer avec détermination, portée par ses rêves et ses aspirations. Anna a toujours aimé les livres. Pour elle, ils sont une source d’évasion, un moyen de s’émanciper de son quotidien et permettent de vivre des aventures extraordinaires. Parfois, en pleine nuit, elle se réveille en sueur, surtout depuis qu’elle a lu un livre de fiction « Une fille perdue », elle s’oblige, pour se rendormir, à relire un passage. Elle connait cette histoire par cœur, mais à chaque fois, elle a le même plaisir. Depuis qu’elle dévore des livres, c’est la première fois qu’un récit la perturbe autant, ou alors c’est l’accumulation de la fatigue de son année scolaire. Pas à cause des études, mais de ses collègues de classe, qui la taquinent sans cesse, car elle travaille trop selon eux. Mais, Anna qui a du caractère, ne se laisse pas faire, et cela engendre un stress permanent. Sans compter la question de son orientation, qu’elle n’a toujours pas clarifiée, au grand désarroi de ses parents et de ses professeurs. Anna est solitaire, elle ne partage pas son ressenti sur un livre, encore moins en général d’ailleurs. Même son entourage proche ne peut pas dialoguer avec elle. Pourtant, elle n’est pas autiste, enfin à ce qu’en disent les spécialistes, car ses parents se sont inquiétés dès son plus jeune âge à cette caractéristique de sa personnalité.
Anna poursuit par ailleurs de brillantes études, elle a obtenu son BAC avec mention très bien. Cependant, le choix d’une université n’est pas dans ses plans, au grand désarroi de ses parents à la condition modeste. Son père qui voit l’impact financier plus que l’avenir de sa fille en jeu, ne se formalise pas plus que cela de la nonchalance de sa fille, qui est bien parti pour faire une année sabbatique, sans rentrée prochaine dans une université.
Dès le premier jour de vacances, elle s’est presque enfermée dans sa chambre, se limitant au minimum de dialogue avec ces parents :
– Pas d’assiette pour ma part, je n’ai pas faim !
Au début, ils mettaient cela sur le compte du stress des examens, et comme elle a réussi avec brio, ils ont décidé d’un commun accord de ne pas lui mettre la pression.
– Quand tu auras un petit creux, tu sais où se trouve le frigo, se hasarde la mère de famille parfois, mais ne voyant pas son assiette vide trop souvent, elle se fait un peu plus pressante parfois… Toujours cette réponse, presque machinale, d’Anna :
– Oui, je sais, puis elle s’isole immédiatement pour retrouver son monde à elle. Son père dit parfois pour dédramatiser et rassurer son épouse :
– On dit que la lecture nourrit, c’est peut-être vrai finalement…
Anna est fille unique, elle aurait voulu une sœur, mais une bouche de plus à nourrir et le manque de place de ce couple modeste, n’a pas permis de lui faire ce plaisir. Désormais, elle devra se faire une raison, elle restera fille unique. Elle est sans amie, juste des camarades de classe, qui la surnomment « La sauvage », parfois, c'est plus méchant « La folle », mais elle s’en fiche. Elle se contente de sourire, comme pour leur faire comprendre « Si vous saviez… », en vérité, elle n’a besoin de personne pour exister, son imaginaire lui propose la compagnie qu’elle désire. Quand elle s’isole, c’est vers un autre monde, un autre univers dans lequel elle existe, et cela lui convient parfaitement. Que les autres ne comprennent pas, n’est pas son affaire, elle s’en moque éperdument, c’est le cadet de ses soucis !
Elle lisait beaucoup de romans à l’eau de rose jadis. Pourtant, très vite, elle s’est orientée vers la fiction, les histoires qui vous remuent les tripes, qui font réfléchir. Elle a ses petites manies, ces rituels, elle allume toujours une bougie, non par superstition, ni invocation quelconque, mais cette petite flamme qui s’agite, qui symbolise l’énergie qui se consume, lui permet de se concentrer durant sa lecture. Tantôt allongée sur son lit, les jambes l’une sur l’autre, tantôt à son petit bureau d’écolière qui n’est qu’une table avec une nappe, et une chaise. Rien qui rappelle l’influence du showbiz dans la décoration de sa modeste chambre, elle n’écoute que de la musique classique. Chopin est souvent celui qui lui permet de se détendre un moment après quelques chapitres, dans cet état presque de méditation, elle imagine les personnages, sent leur présence même. Il lui arrive même de leur parler, à tel point que parfois ses parents pensent qu’elle n’est pas toute seule…
Aujourd’hui, elle doit aller à la petite boutique, qui propose d’anciens ouvrages, pas réellement une librairie, même si sous certains aspects, elle s’y apparente. Elle a déjà trouvé des livres dont le sujet correspondaient à ses goûts, même si certains étaient dans un piteux état, c’est un endroit où l’on peut se défaire de livres qu’on a hérité d’une vieille tante qui croyait vous faire plaisir… Une sorte de bric-à-brac, qui cache des pépites, en tout cas, c'est l’avis d’Anna Grool. Les livres ont toujours été son refuge, une source d'évasion, un moyen de s'échapper de son quotidien et de vivre des aventures extraordinaires à travers les mots et les pages. Chaque livre qu'elle dévore ouvre une porte vers un monde nouveau et inconnu, un monde dans lequel elle peut se perdre et se retrouver par ailleurs.
Aujourd’hui, un peu poussée par sa mère, Anna qui est à court de livre pour s’évader, décide enfin à sortir. En effet, depuis la fin des examens, elle est restée quotidiennement dans sa chambre, enfermée comme une condamnée à l’isolement. Elle sait où se rendre, c’est une petite boutique à quelques rues de chez-elle, ça ne paye pas de mine, mais c’est un endroit extraordinaire pour dénicher de bons livres à bon prix. En plus, ce n'est pas loin de la maison familiale, ce qui n’oblige pas Anna à prendre le bus, chose qu’elle déteste, toute concentration de personnes la rend nerveuse. Mais, dans cette petite réserve de livres, rien de tout cela, le maximum de personnes qu’elle ait vu, c’est trois au maximum et encore. Alors qu'elle erre dans les rayons poussiéreux depuis quelques minutes, un livre attire son attention. La couverture délavée et les caractères anciens la happent instantanément, comme si le livre l'aspirait dans son univers envoûtant. Elle saisit délicatement le livre et en lit le titre : « Le Mystère de l'Âme Perdue ». Intriguée par ce titre mystique, Anna décida de parcourir quelques pages.
Dès les premières lignes, les mots imprimés sur les pages jaunies résonnent en elle d'une manière étrange. Comme si le livre avait été écrit spécialement pour elle. Des phrases énigmatiques s'enchaînent, faisant naître en elle une sensation de déjà-vu, qui la trouble. Elle n’hésite pas une seconde, elle le prend immédiatement, elle ne cherche plus d’autres titres, mais prend au hasard quelques autres ouvrages, plus pour réaliser sa réserve qu’autre chose…Elle n’a qu’une hâte, rentrer et reprendre la lecture, alors après s’être acquitté du prix dérisoire :
– Combien pour ces quatre livres ?
– Vous avez trouvé votre bonheur Mademoiselle ? Lui demande le vieil homme qui commence à la connaître.
Elle ne répondra pas, se contentant d’attendre sa monnaie. Cet homme connait Anna comme cliente, il sait qu’elle n’est pas très causante, alors il n’insiste pas, il se contente d’ajouter en la saluant :
– L’ouvrage est en piteux état, je vous l’offre, je crois qu’il lui manque quelques pages en plus…
Anna lui fait un petit sourire pour le remercier, il lui répondra en lui souhaitant une bonne lecture :
– Au plaisir et bonne lecture mademoiselle !
Elle quitte la boutique, le vendeur, qui est le seul employé, murmure lorsqu’elle est sortie tel un fantôme : « Drôle de fille, pas très causante… » Anna est à deux pas de chez elle, en cinq minutes, sa mère la voit rentrer, l’air satisfaite, car elle lui adresse quelques mots aimables pour une fois :
– Sympathique cette petite « Librairie » de livres anciens, je crois que j’ai déniché une pépite maman !
– Montres cette pépite ? Lui demande sa mère qui prépare le repas.
Sa mère n’est pas très cultivée, en plus, un livre, ce n'est pas réellement quelque chose qu’elle trouve « utile », mais puisque sa fille bachelière le dit… Elle regarde ce livre en piteux état, crasseux et usagé :
– Tu devrais le nettoyer un peu, il a dû trainer dans un grenier depuis des lustres, il t’a vendu ça ? J’espère qu’il t’a fait un prix ?
